Weblog de Christian Brülhart

octobre 27, 2008

La crise financière, les bonus et la valse des milliards

Filed under: Articles de presse (non publiés),Tous — Christian Brülhart @ 7:19
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SUISSE

Une infime partie du monde bancaire s’est laissée prendre par le jeu de l’avion. Placés devant le fait accompli, certains gouvernements doivent mobiliser plusieurs centaines de milliards de francs pour combler les pertes abyssales. Le monde politique fait face aux conséquences de son désintérêt pour le monde de la finance et en tirer des leçons. En Suisse, c’est l’incompréhension. Le slogan de «privatisation des profits et nationalisation des pertes» démontre la lassitude du peuple auprès de qui l’épisode Swissair est encore bien présent.

L’amalgame fait dans certains médias entre ralentissement conjoncturel, déconfiture financière, salaires et bonus encaissés par certains patrons de grandes entreprises transmet un dangereux message: les richesses sont toujours disponibles pour les nantis alors que les modestes gens se battent depuis des années pour ne récolter que des cacahuètes.

Sur ordre du Conseil fédéral, la Banque nationale suisse s’est portée acquéreur d’une caisse de titres sans valeur pour une cinquantaine de milliards de dollars afin de sauver la première grande banque nationale, moribonde depuis plusieurs mois. Comme cette quantité de papier dégage une forte odeur de pourriture, nos dirigeants ont imaginé l’exporter sous le soleil des Bahamas. La Suisse, référence mondiale en matière bancaire, collabore-t-elle avec un pays inscrit sur la liste noire des paradis fiscaux? Malaise et problème d’image. Conséquence immédiate, la Communauté européenne, qui souhaite trouver une solution externe au problème récurrent d’évasion fiscale de ses riches citoyens, saute sur l’occasion de remettre la pression sur la Suisse pour la forcer à collaborer et à assouplir son sacro-saint secret bancaire. Le climat est assez agressif pour déclencher un fait rarissime dans la diplomatie de notre pays: l’ambassadeur allemand est convoqué aux affaires étrangères pour écouter le courroux du Conseil fédéral.

Toutes les bourses s’écrasent, d’accord. Mais au fait, comment se porte notre économie? Les secteurs de l’immobilier, du commerce de détail, de l’horlogerie, du tourisme et du pharma sont stables voire en croissance. L’industrie est en ralentissement conjoncturel depuis ce printemps après trois années de plein régime. Le récent communiqué de l’Administration fédérale des douanes ne fait pas dans le détail. Les exportations ont chuté en septembre en valeur réelle: -19.3% pour les machines-outils et -40.7% pour les machines textiles. Finalement, seuls certains secteurs de la finance et celui de l’automobile sont vraiment en difficulté. Les cours du pétrole, qui avaient crevé les plafonds cet été en raison de spéculations, subissent une correction qui crée des sueurs froides à certains pays membres de l’OPEP. Faut-il en conclure que nous traversons une crise exceptionnelle équivalente à celle de 1929?

Paradoxalement, une rapide tournée faite dans les chambres de commerce et les services de l’emploi des six cantons romands ne laisse entrevoir qu’une dizaine de cas concrets, dont les plus importants sont Tornos, Liebherr et Bobst. Interrogés cette semaine, une dizaine de directeurs d’entreprises de machines-outils me confirment qu’aucun signe négatif concret ne peut être actuellement décelé. Tous affirment adopter une attitude de prudence. La plupart ne subissent aucun problème de financement et ne changent pas leurs projets et investissements. Quelques uns sont même soulagés que les affaires se calment.

Le réel danger dans ce climat de pyschose, c’est que la crise financière limitée à quelques banques sur-exposées à des crédits irrécupérables ne se propage à une économie qui a vécu des moments beaucoup plus sinistres. En Suisse, la conjoncture économique dépend de deux facteurs principaux: les exportations et la consommation intérieure, toutes deux sensibles directement et indirectement à la conjoncture des économies étrangères. Celles-ci étant touchées de plein fouet, préparons-nous à un ralentissement dans le meilleur des cas.

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